Comment la série Traversées est née

16 septembre 2026

Processus de création art textile

Tout est parti de restes

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Des bords découpés dans un papier de calligraphie chinoise que j’avais utilisé comme fond pour certains de mes cadres. Des morceaux irréguliers, froissés, que je n’avais pas envie de jeter.

Puis sont venus des fragments de papier mâché, mêlés à des restes de thé séché et à de la poudre de curcuma. Peu à peu, des formes ont commencé à apparaître.

À ce stade, je n’avais aucune idée de ce que tout cela allait devenir.

Transformer la matière

Ensuite est arrivée la corde de macramé.
Je me demandais comment l’utiliser autrement. Et si, au lieu de conserver son aspect d’origine, je lui faisais perdre sa fonction première ?
Alors je l’ai malmenée, tiraillée, défaite. J’ai tiré sur ses fils pour faire apparaître de nouvelles formes, puis je l’ai peinte.

Elle commençait à devenir autre chose.
Mais pour le moment, elle allait attendre dans son coin que les autres matières la rejoignent.

Intuitivement, j’ai commencé à poser les éléments les uns près des autres : lichen, morceaux de papier mâché qui ressemblaient étrangement à du pop-corn, filaments de coton et de soie…

Sans dessin préalable, les matières se sont rapprochées, superposées, entremêlées.


Le résultat était plutôt sympa.

Mais quelque chose me gênait.

Faire place au vide

Une fois l’ensemble posé sur le cadre, je l’ai trouvé trop condensé. Trop chargé.

Pas assez d’air.

Et si je m’inspirais du Ma (間), cette notion japonaise de l’intervalle, de l’espace laissé entre les choses ?

J’ai commencé à déchirer le papier de calligraphie chinoise qui servait de support à l’ensemble.
Un morceau, puis un autre.
Et plus j’avançais, plus j’enlevais.

Avec, forcément, cette petite pensée qui accompagne ce genre de décision : je suis peut-être en train de complètement foirer mon œuvre.
Mais continuer à ajouter n’aurait rien résolu. Cette fois, il fallait faire exactement l’inverse.

Enlever.

Déchirer, séparer, laisser apparaître le fond.


Et progressivement, la composition a commencé à respirer.

D’une œuvre sont nées trois pièces

À force de retirer de la matière, le méli-mélo initial s’est défait.
Mais il ne s’est pas vraiment perdu.

Les fragments qui semblaient auparavant appartenir à une seule composition ont commencé à trouver leur propre équilibre. Ce qui devait être une œuvre pouvait finalement en devenir trois.

Trois compositions différentes, avec davantage d’espace entre les matières, mais toujours reliées par les mêmes fils, les mêmes fragments et la même énergie.

C’est ainsi que sont nées :

Expansion.
Intervalle.
Résurgence.

Trois pièces autonomes qui, réunies, racontent les différents temps d’un même mouvement.

Rester simple sans tomber dans le simplisme

Cette expérience m’a fait réaliser à quel point il peut être difficile de rester simple sans tomber dans le simplisme.
J’ai souvent le réflexe d’ajouter, comme si davantage de matière allait forcément enrichir une composition.

Ici, il m’a fallu faire exactement l’inverse.

Enlever pour laisser respirer.

En retirant, en déchirant, en séparant, quelque chose s’est ouvert. Le méli-mélo initial n’a pas disparu : il s’est transformé en trois compositions distinctes, reliées par une même énergie.

Expansion, Intervalle et Résurgence étaient nées.

Traversées aussi.