L’art doit-il être utile ?
13 février 2026

Nous vivons dans un monde qui nous apprend très tôt à être utiles.
Produire, servir, rentabiliser, justifier.

L’esthétique arrive plus tard, presque comme un luxe, un supplément d’âme que l’on s’autorise une fois l’essentiel assuré.
Comme si la beauté devait toujours s’excuser d’exister.

Je me surprends souvent à questionner ces évidences :
pourquoi un bol devrait-il nécessairement être rond ?
Pourquoi l’usage dicterait-il à ce point la forme, au point d’en effacer toute liberté ?

L’utile est une nécessité, oui.
Mais est-ce vraiment l’unique critère capable de nourrir notre esprit, notre sensibilité, notre humanité ?

Ma mère, elle, n’hésiterait pas une seconde.
Pour elle, quelque chose doit être utile, servir à quelque chose.
Sinon, ce n’est que de la futilité.

Lorsque j’ai créé KomJaim, mon intention était justement de réconcilier ces deux mondes : lier l’utile à l’agréable.
Je voulais injecter de l’originalité dans mes créations textiles, faire en sorte que les objets du quotidien soient aussi source de plaisir.
Que les torchons de cuisine soient doux sous les doigts et agréables à regarder, même s’ils sont destinés à nettoyer, essuyer, effacer.

Peu à peu, cette envie s’est étendue à la décoration de la maison : housses de coussin, couvre-lits, parures de lit pour bébé, rideaux…
Des objets familiers, fonctionnels, mais habités par une intention, une sensibilité.

Puis est venu un basculement.
Je me suis tournée vers l’art textile, en créant des tableaux à partir de mes chutes de tissus.
À cet instant, je sortais clairement du cadre initial.
Je m’éloignais de la notion d’utile telle que je l’avais définie au départ.

Une nouvelle inquiétude est alors apparue :
déjà que vendre des créations « utiles » n’est pas toujours simple… comment allais-je vendre des œuvres considérées comme « inutiles » ?
Je ne touchais plus les mêmes personnes, plus les mêmes attentes.
Et surtout, allaient-elles toucher, émouvoir, trouver leur place ?

Avec le temps et les questionnements, j’ai compris que l’utilité n’est pas une notion figée.
Elle change selon le contexte, selon l’histoire, selon le besoin de chacun.

Il existe une utilité matérielle, évidente, mesurable.
Mais il existe aussi une utilité émotionnelle, plus discrète, plus intime.
Celle qui permet de s’évader, de ralentir, de faire une pause face aux tracas du quotidien.
Celle qui réveille l’émerveillement de l’enfant en nous.

Faire naître un sourire, un apaisement, une émotion — même fugace — n’est-ce pas, finalement, profondément utile ?

Créer un tableau a ouvert pour moi une dimension entièrement nouvelle.
Je pars d’une idée, puis je la laisse évoluer, se transformer, parfois se perdre.
C’est un apprentissage du vide, du silence, de l’absence de certitude.
Apprendre à laisser le temps faire son œuvre, sans chercher à maîtriser le résultat à tout prix.

C’est aussi un chemin personnel :
celui d’apprendre à ne plus vouloir plaire à tout le monde.
Car plaire à tous est une illusion.

Je reste néanmoins profondément reconnaissante lorsque certaines personnes entrent en résonance avec mes créations, lorsqu’une émotion circule, se partage, sans avoir besoin d’être expliquée.

La magie de cette discipline réside dans la surprise.
On ne sait jamais à l’avance ce qui va émerger.
Chaque pièce est une rencontre, une aventure.

Et c’est précisément cela que je chéris.
Vivement la prochaine surprise ✨

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KomJaim est un atelier de création textile né d’un désir profond : proposer des objets faits main, durables et utiles, loin de la surconsommation.