Chez KomJaim, je travaille souvent à partir de chutes de tissus.
J’aime leur donner une seconde vie, les assembler, les superposer, les laisser dialoguer entre elles. Souvent, je me laisse guider par la matière plus que par un plan précis. Il y a dans ces fragments une mémoire, une histoire à prolonger.
Pour cette pièce, je pensais suivre un processus que je connaissais bien : utiliser un support de broderie soluble dans l’eau pour maintenir les tissus le temps de la couture, puis le faire disparaître afin de ne garder que la légèreté textile.
Mais cette fois, le support ne s’est pas dissous.
- Erreur de commande
- Erreur d’inattention
- Erreur tout court.
Sur le moment, j’ai ressenti de la déception. La pièce semblait figée, emprisonnée derrière une surface rigide qui ne correspondait pas à ce que j’avais imaginé.
Puis une question s’est imposée :
et si ce n’était pas la fin de quelque chose, mais le début d’autre chose ?
Au lieu d’arracher le support, j’ai commencé à l’inciser entre les lignes de couture.
À ouvrir des passages.
À créer des respirations.
Peu à peu, les tissus cachés sont apparus comme des strates, presque comme un paysage. Les couleurs se sont révélées autrement. La surface a gagné en relief. La contrainte est devenue structure.
Ce geste simple — superposer, contraindre, puis libérer par incision — a ouvert une piste nouvelle dans mon travail.
Je me suis rendu compte que la matière ne demandait pas toujours à être maîtrisée. Parfois, elle demande à être écoutée.
Cette œuvre, que j’ai nommée Révélation, marque le début d’une recherche plus consciente autour de :
- la superposition
- la tension
- la contrainte
- et la transformation
Non pas pour produire un effet, mais pour comprendre ce que l’accident peut apporter au processus.
Créer, finalement, ce n’est pas éviter les erreurs.
C’est accepter qu’elles déplacent notre regard.
Dans d’autres domaines, une erreur signifie échec ou correction immédiate. Dans la création textile, elle peut devenir un point d’appui. Elle oblige à ralentir, à observer, à chercher une autre voie.
Il n’existe pas une seule solution.
Il existe des chemins à explorer.
Et peut-être que la richesse de la créativité réside justement là : dans cette capacité à transformer l’imprévu en possibilité.




